C’était la dernière étape pour se sentir complètement engagé dans notre aventure et c’est samedi matin que nous avons sauté le pas.
Après un bahnmi dans notre stand habituel, nous nous insérons dans le trafic intense mais étonnement fluide des rues d’Hanoï. Dès les premiers coups de pédale j’ai le sourire : ça y est, on est parti !
Au départ, Luna et Élise sursautent et réagissent à chaque coup de klaxon puis elles semblent rapidement s’habituer. Seuls ceux des gros camions vont nous casser les oreilles encore longtemps ! Alors que la densité de la circulation ferrait pâlir un pendulaire helvétique à l’heure de pointe, les Vietnamiens, eux, roulent et ne s’arrêtent pas (enfin presque !). Telle une danse, chaque véhicule (80% de scooter) glissent les uns entre les autres sans heurt, parfois même à contre sens. Ce qui n’est pas pratique pour nous qui rappelons à nos filles de tenir leur droite : « Tenez votre droite !… Ah non, décalez-vous à gauche, un scooter arrive à contre sens ! »
On s’intègre à ce ballet bruyant et bien que nous ne soyons pas familiers avec la chorégraphie, ils nous acceptent, nous évitent avec attention, nous dévisagent et nous lancent, souriants, de grands « Hello, Hello ! ». Dimitri et moi restons particulièrement vigilants, notamment au niveau des carrefours où nous devons parfois traverser jusqu’à six voies pour suivre notre itinéraire.
Il y a tant à voir car tout est nouveau : premier bananier, première rizière… les kilomètres défilent rapidement. A midi nous avons atteint notre destination : Thuan Thanh, une ville sans charme ou les quelques vietnamiens parlant anglais nous demandent, étonnés, qu’est-ce que nous faisons là. Voilà l’une des particularités du voyage à vélo, encore plus lorsque l’on voyage avec des enfants qui nous imposent un rythme de 30 à 40 km maximum par jour : nous nous retrouvons dans des lieux où les touristes ne s’arrêtent jamais.
Nous nous asseyons dans notre premier « restaurant » vietnamien. La vie à Thuan Thanh est loin des codes touristiques de Hanoï. On nous emmène dans la cuisine pour qu’on choisisse ce qu’on souhaite manger, une solution bien pratique mais qui crispe Élise directement. L’odeur et la vue de la viande crue lui coupe l’appétit… elle ne mangera pas grand chose. Le reste de la famille déguste son premier canh rau ngót : soupe traditionnelle vietnamienne préparée avec des feuilles de rau ngó (arbrisseau aux petites feuilles vertes au goût naturellement doux et sucré).
Le reste du diner est composé d’œuf, de riz, de chou cuit ainsi que de patates cuites avec des herbes aromatiques. « No meat » est notre refrain… aucune idée jusqu’à quand ça fonctionnera. Le soir même, en tout cas, ça ferra bien rire les deux cuisinières qui nous ferons rapidement revenir des légumes, du riz et des œufs au plat.
Le lendemain nous reprenons la route. Une route poussiéreuse, parcourue par beaucoup de camions, qui ne nous apporte pas grand plaisir. Comme la veille, à midi nous avons terminé nos 30 km. Ils annoncent beaucoup de pluie pour les 4 prochains jours. Rapidement nous décidons en famille de prendre un train afin d’éviter de rouler sous des trombes d’eau au côté de ces machines bruyantes et monstrueuses.
Notre première expérience ferroviaire vietnamienne se passe très bien. Il faut dire que nous avons du temps et heureusement ! Nous passons 20 minutes au guichet pour obtenir nos billets après avoir présenté nos passeports et indiqué la couleur de nos vélos. 20 minutes avant le départ du train, nous déposons au début du quai nos 4 vélos sans bagage.
Ici, pas de numéro de quai ni de secteur, c’est le personnel qui nous guide. Le train arrive et à chaque porte une « contrôleuse » sort et affiche le petit numéro du wagon. Le train reste 3 minutes en gare, tout juste le temps de monter, poussé par la dame du quai. On espère que nos vélos ont eu le temps d’être chargés…
Les sièges sont super confortables, chaque wagon climatisé à son service « bar » qu’une hôtesse assure avec soin. La vitesse moyenne des trains de l’Asie du sud-est est de 60 km/h, nous arrivons donc après une heure à Hai Phong, la plus grande ville portuaire du Vietnam. Nous passerons les prochains jours au sec et reprendrons la route vendredi, quand les pluies torrentielles auront cessé.